Vide intellectuel

La première erreur des admirateurs des philosophes du XVIIIe siècle

La grande majorité des dirigeants de la société actuelle sont des disciples plus ou moins inconscients des « philosophes des lumières ». C’est le grand vide intellectuel ! Le malheur, c’est que, dans la mesure où l’on pourrait prendre au sérieux le terme de « philosophe », Voltaire, Rousseau et compagnie ne mériteraient pas l’honneur d’une telle dénomination.

En effet, c’étaient de bons écrivains, gens très intelligents, brillants, mais leurs pensées n’avaient ni rigueur, ni profondeur. (Voir philosophie)

Ils ont tout de suite obtenu un succès important pour la seule raison qu’ils avaient été capables d’exprimer avec brio (et un certain courage) des revendications intellectuelles que les élites plus ordinaires se trouvaient incapables d’affirmer eux-mêmes avec clarté.

Au cours des décennies et des deux siècles suivants, les élites moins brillantes et qui ne prenaient pas la peine de réfléchir elles-mêmes, leur ont emboîté le pas et se sont contentées de vivre sur le matelas de leurs idées superficielles…

Comme celles-ci étaient à la fois fausses et porteuses de grands malheurs sociaux, l’Europe, puis le monde ont vu empirer les injustices et les guerres déjà inévitablement attachées à toute société humaine.

C’est sous ce régime que nous vivons de nos jours.

L’erreur aggravée des disciples des philosophes

Même si les prétendus philosophes du XVIIIe siècle avaient mérité la qualification de philosophes , comprise avec le prestige qu’on lui accorde trop souvent, de les avoir suivis aurait été une erreur pour la bonne raison qu’à une exception près cette appellation prestigieuse n’est qu’une illusion.

Les grands noms du genre Spinoza, Nietzsche et compagnie sont ceux de gens exceptionnellement doués (et dangereusement polarisés), qui, sur la base de leurs intuitions personnelles, élaborent de grandes constructions intellectuelles.

Sur lesquelles se concentrent leurs admirateurs. (D’ailleurs moins ceux-ci les comprennent, plus ils admirent leurs maîtres, car, inconsciemment, la difficulté à comprendre leurs élucubrations constitue à leurs yeux le signe évident de leur génie…).

Malheureusement, les grandes constructions intellectuelles reposent souvent sur des bases qui peuvent être fausses… Avec une probabilité d’autant plus élevée qu’elles sont en fait destinées à rassurer leurs constructeurs sur le bien-fondé de leur travail et leur génie présumé…

Car il ne faut pas croire que les intellectuels les plus prestigieux ne sont que des esprits ; ce sont, d’abord et avant tout, des hommes comme tout le monde, soumis à l’illusion et à l’orgueil.

(En quelques mots, ces grandes constructions intellectuelles évoquent l’image d’un beau château construit sur le sable…).

Une exception à la règle

Cependant, il ne faut pas se montrer être trop sévère… car certainement beaucoup de professionnels de la philosophie – notamment dans les enseignants au niveau des lycées – sont parfaitement conscients de la fragilité de leur raisonnements.

Le problème alors n’est pas la valeur des philosophes en tant que grandes intelligences (en tant que « génies »), mais celui de la qualité de leurs intuitions … Le philosophe est alors un homme lucide amené à considérer ses raisonnements comme une sorte de jeu (assez analogue à celui des mathématiques)…

(Peut-être ce genre d’exception concerne-t-il quelques-uns des plus grands philosophes grecs, ou, parmi leurs lointains successeurs, certains autres, supposés habités par un mélange de passion et de modestie… [Peut-être Saint-Thomas d’Aquin ?]).

Il peut donc y avoir des philosophes capables de considérer leur philosophie avec prudence. Mais le problème, c’est que leurs admirateurs sont rarement doués de suffisamment de sens critique pour s’élever à ce niveau.

Le grand problème, finalement, ce n’est pas les erreurs des philosophes inconscients ou prétentieux, c’est la sottise de ceux qui, pour être dans le vent (qui tourne bien vite !) les prennent au sérieux…

(Ceux-là se voient comme des gens cultivés, des gens bien, haut placés au-dessus du commun des mortels !  Ainsi fanatisés, ils se transforment en courroie de transmission des idées de leurs maîtres, pour apporter au bon peuple ignorant la science, appelée à faire le  bonheur ou le malheur de millions d’hommes.

Là, depuis moins d’un siècle,  réside le grand malheur de la société actuelle tentée de suivre aveuglément des philosophes contestables (qu’on oubliera d’ailleurs bien vite quelques années après leur mort… (Au fait, où se trouve Jean-Paul Sartre ? Dans quel cimetière ?).

Alors faut-il cesser de réfléchir ?

Alors faut-il cesser de réfléchir ? Non ! Il s’agit de penser avec réalisme, c’est-à-dire en étant conscient de l’impossibilité rationnelle de connaître la vérité.

Et en comprenant que l’approche de la vérité se trouve au bout d’un effort de vertu, de sincérité, d’humilité dans l’attention que l’on accorde à ses intuitions et à la reconnaissance de ses intentions (notamment celle de l’égoïsme ou de la générosité).

A quoi sert d’avoir une intelligence très vive, si l’on manque d’humilité (et, pire que cela, si aux yeux des naïfs – et de soi-même – on cache cette carence sous le masque fallacieux de cette qualité ! (À quel philosophe maintenant décédé est-ce que je pense ? Et auquel peut-être pensez-vous vous-même…)

Cette approche différente amène à opposer le « penseur » au « philosophe ». (Il ne faut pas vouloir être un philosophe – possibilité qui n’est pas donnée à tout le monde – mais s’efforcer d’être un penseur).

Heureusement, si tout le monde n’a ni les compétences, ni les connaissances livresques pour être considéré comme philosophe, quel que soit son niveau de formation intellectuelle, chacun peut légitimement se considérer comme un penseur. Et avoir au moins autant de chances d’approcher la vérité que les orgueilleuses élites intellectuelles…

L’approche de la vérité est moins affaire d’intelligence que de vertu.

C’est d’autant plus vrai que chez l’immense majorité des hommes, l’agilité intellectuelle est bien plus l’instrument qui permet de se soustraire à la vérité, plutôt qu’à s’y soumettre. Elle est l’outil privilégié de l’hypocrisie.

(Le balayeur du coin a au moins autant de chance d’approcher la vérité que les philosophes qui se pavanent à la télévision.)

Alors faut-il jeter les philosophes et la philosophie aux orties ?

Alors faut-il jeter la philosophie aux orties ? Non : il faut la ramener à ce qu’elle doit être, surtout un effort pour insister sur la compréhension et la critique des intuitions dont on est porteur.

Critique qui doit être menée à la lumière de la recherche des influences générales et particulières auxquelles chacun de nous est ou a été soumis et à la reconnaissance des motivations dont on est animé.

Ainsi qu’à  l’observation de la psychologie des hommes et du comportement  de la société;

(Voir la vérité)