L’Homme

La politique a pour but de servir les hommes. La première de ses exigences est donc d’avoir une bonne connaissance de l’Homme.

N’essayons pas de définir l’Homme, ni de rechercher le sens de son existence : ce sont là des questions trop complexes et surtout inutiles à considérer lorsqu’il s’agit pour les hommes de s’entendre sur une organisation politique destinée à leur permettre de vivre harmonieusement ensemble.

(L’erreur serait d’autant plus inexcusable que les divergences constatées risqueraient de diviser inutilement les citoyens, et, par là, de  compromettre la bonne harmonie recherchée).

L’homme soumis à deux types d’influences

L’homme, objet de la politique, correspond à une réalité vivante extrêmement complexe. Chaque personne, toujours relativement différente des autres, se trouve confrontée à deux types d’influences très différentes : celle de sa conscience (qui suis-je ? Qu’est-ce que je veux être ?) et  celle de ses pulsions…

. Drame : ces deux influences sont souvent incompatibles… et, pour compliquer encore les choses,  les  pulsions sont elles-mêmes de deux sortes  (souvent contradictoires !) ; les désirs et les appels. Les désirs visent à procurer des satisfactions individuelles ; les appels invitent à s’ouvrir aux autres, à leur faire plaisir et peut-être à les servir. (Les désirs referment les personnes sur elles-mêmes, tandis que les appels les ouvrent sur leurs semblables).

Quand, à l’intérieur d’une même personne, les désirs et les appels s’opposent, comment va-t-elle choisir ? Aucune référence ne permet de choisir avec certitude.

Aussi, chacun prend sa décision sous l’effet d’une influence mystérieuse venue du fond de lui-même, que l’on appelle sa  « liberté ».

Idéalement, après avoir réfléchi, chacun devrait se comporter conformément à la décision ou à l’orientation prise dans l’intimité de sa réflexion. Mais ce serait sans compter avec l’intervention de bien des influences, parmi lesquelles quatre agissent avec une force toute particulière :

  • La première, très connue, est l’influence du milieu auquel chacun appartient (avec tous ses aspects : la famille, le groupe social, la religion, les cultures traditionnelles et actuelles, etc.) ;
  • la deuxième, elle aussi évidente, prend en compte l’intérêt matériel des personnes ;
  •  la troisième, l’information et la propagande offertes par les médias ; 
  •   la quatrième , profondément enfouie dans l’inconscient collectif, est celle qui incite tout le monde à se comporter, comme le font les animaux : soit dans une position de leader, soit dans une position de suiveur résigné.

Le problème de la politique

Le pouvoir politique est investi de la mission de servir cet ensemble des citoyens, tous astreints au même type d’influences, mais avec des choix  – conscients et inconscients – très différents. Que l’on peut appréhender par des enquêtes, mais qu’il est, quand même, impossible de connaître avec précision et sûreté.

Dans ces conditions, le politique se trouve dans une situation d’ignorance. Qu’il peut regretter, mais aussi dont il peut profiter pour se faire une représentation de la société et de ses besoins conformes à ses souhaits.

(Ainsi, les socialistes affirmeront que les Français ont besoin de plus de sécurité ; tandis que les hommes de droite répondront qu’ils ont besoin de plus de latitude pour entreprendre…).

Bien sûr, il existe un grand nombre de manières de gouverner les peuples, mais toutes se situent entre deux situations extrêmes

Deux manières de gouverner

Il existe une infinité de manières de gouverner les peuples, mais toutes se situent entre deux types extrêmes que l’on peut désigner sous les qualificatifs « démocratique » et « aristocratique ».

Le gouvernement de type démocratique s’efforce de satisfaire les désirs des citoyens tels qu’il les perçoit ou  les conçoit ; il ne les juge pas, il leur obéit (ou, du moins, il s’efforce de le faire…).

Le gouvernement de type aristocratique ne cherche pas à satisfaire les électeurs, mais à conduire le pays en fonction de la conception qui – ouvertement ou en secret – est la sienne…

Ce sera peut-être :

  • l’objectif d’une expansion territoriale,
  • celui d’un accroissement de l’influence diplomatique à l’échelon régional ou mondial,
  • le projet d’un enrichissement permettant d’exercer une influence sur les pays moins riches,
  • l’ambition de se trouver le plus haut possible dans le peloton des pays les plus riches du monde, etc.).

Comme il a besoin de l’approbation du peuple, aux lieu et place de la satisfaction des attentes réelles du peuple, il agit par une propagande soigneusement élaborée, destinée à faire croire à tous qu’il agit pour le bien des citoyens.

La question se pose de savoir quel est le meilleur système… Evidemment, tous ceux qui – comme aujourd’hui dans la plupart des pays occidentaux – n’ont aucune philosophie et ne croient en rien  pencheront du côté de l’idéal démocratique.

Par contre, ceux qui ont un projet pour leur pays préféreront le système aristocratique. Mais, là, deux intentions très différentes peuvent intervenir :

  • Il peut s’agir de former un projet centré sur la nation en tant que telle,
  • ou sur l’intention de servir au mieux les besoins réels – peut-être inconscients –  du plus grand nombre possible de citoyens.

Sur la base de cette classification, chacun peut attribuer une place assez claire à chacune des grandes puissances du monde actuel…

Quel est le système préférable ? Le démocratique ? ou l’aristocratique ?

Dans la mesure où l’on ne croit en rien, où l’on est indifférent aux conséquences de la politique pour l’avenir des hommes – et où, de surcroît, on pense surtout à sa réélection – le meilleur système est évidemment le système démocratique. Tel est certainement le choix de la majorité des parlementaires de la plupart des démocraties occidentales.

On peut aussi préférer le système démocratique même dans le cas où l’on a le souci de l’avenir des hommes… Ce sera l’option logique de ceux qui, n’ayant jamais  sérieusement réfléchi au déroulement de l’histoire des hommes, ont la naïveté de penser que les attentes spontanées d’un peuple conduisent spontanément à des situations meilleures…

De son côté, le système aristocratique peut conduire à des situations très différentes selon l’objectif posé par les gouvernants. En général le résultat est mauvais (comme l’a été celui du régime nazi et comme le sont encore aujourd’hui plusieurs autres régimes…)

Le régime aristocratique peut cependant être bon – et le meilleur qui puisse être… – dans le cas où le pouvoir politique  a le souci de servir les véritables intérêts des citoyens.

A condition qu’il n’ait pas pour but de leur imposer une conception donnée, mais, au contraire, de les inciter à choisir eux-mêmes leurs conceptions.

Comment cela ? En favorisant le développement de la culture philosophique des jeunes et des adultes. (Telle est d’ailleurs la position préconisée par ce site.)

Respecter les hommes

Puisque la politique a pour mission de servir les hommes, elle doit d’abord les respecter et les aider à réaliser le but vers lequel ils doivent tendre.

Respecter les hommes, c’est laisser à chacun le choix du but qu’il assigne à sa vie. C’est se soumettre à la liberté de l’ensemble des citoyens. Le problème, c’est que tous les citoyens ne poursuivent pas le même but et que beaucoup sont incapables de l’exprimer clairement.

Dès lors, face à la pluralité des désirs des citoyens, comment le pouvoir politique peut-t-il orienter son action ? (Tâche d’autant plus difficile que les désirs des différents groupes sont souvent opposés…).

Il doit faire  un choix, dont il pense qu’il représente un bon compromis entre les diverses sensibilités en présence.

Cependant, ce faisant, il prend une attitude d’adaptation (donc de passivité)…

Or, dans la mesure où, comme on le doit, on souhaite voir la population progresser vers un niveau plus haut de conscience, il devrait prendre des mesures en vue d’élever le niveau culturel du plus grand nombre possible de citoyens.

Cela en respectant scrupuleusement la liberté de tous les êtres humains, c’est-à-dire ceux à l’intérieur et hors de ses frontières.