Les hommes…

Les caractéristiques psychologiques des hommes    

On ne comprend rien à la politique si l’on ne connaît pas les hommes… Malheureusement, on croit les connaître, alors que l’on ne perçoit que leurs travers, et que, sans s’en rendre compte, on projette sur eux nos sentiments personnels – qui ne sont pas les leurs !

Aussi, si l’on veut comprendre – sans trop se tromper – le déroulement de la politique à l’échelle des nations et du monde, il est nécessaire d’avoir une connaissance froide et objective des vraies caractéristiques psychologiques des hommes – des hommes au pouvoir comme de ceux qui sont obligés de leur obéir…

Parmi les nombreuses caractéristiques psychologiques, on ne s’intéressera ici qu’à celles qui ont un impact évident sur le comportement des hommes dans leur relation à la politique.

Quel que soit leur milieu, les hommes ont tous les mêmes caractéristiques psychologiques… Cependant, pour certains d’entre eux, leur fréquence, leur forme et leur intensité sont  différentes selon les groupes auxquels on a affaire.

Cela nous conduit à distinguer plusieurs groupes de caractéristiques psychologiques.

Remarque préalable L’erreur de Jean-Jacques Rousseau

Au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau a affirmé que l’homme est bon ( et que c’est la société qui le rend mauvais). Nous ne discuterons pas une affirmation aussi évidemment erronée. Nous ne faisons que la rappeler pour mémoire… (voir : Jean-Jacques Rousseau)

Quelques caractéristiques communes présentes chez tous les hommes :

Au fond (à une exception près, citée à la fin de cette liste…), les hommes n’ont qu’un seul défaut : c’est celui de ne pas être à la hauteur des immenses possibilités que la nature (ou Dieu) leur a données. (D’ailleurs, le mot lui-même, « défaut » traduit bien cette idée de manque…). (Voir l’Homme)

Avant de devoir commencer à formuler une longue série de remarques très défavorables à l’image de l’homme (parce que c’est ici le sujet…) je tiens préalablement à signaler que, pour moi, la marque la plus frappante de l’homme c’est l’ensemble des qualités dont il est porteur : son dynamisme, son énergie, la puissance de son intelligence et sa capacité de générosité.

Pour conduire les hommes il ne faut donc jamais oublier ces aspects de sa personnalité. Mais dans le même temps, il est nécessaire de savoir faire l’inventaire de ses nombreux défauts.

Une liste (non exhaustive) des défauts communs à tous les hommes. 

D’abord les tendances fondamentales

Commençons par citer les tendances les mieux installées au coeur des hommes:

  • La tentation universelle de l’égoïsme : Non Jean-Jacques, l’Homme n’est pas bon. Quels qu’ils soient – ou prétendent être – tous les hommes sont soumis à la tentation de l’égoïsme… (ce qui par contraste, n’empêche pas, au fond d’eux-mêmes, d’éprouver un certain attrait – ou au moins une admiration – souvent refoulée… – pour la générosité). (Personne ne peut prétendre être spontanément généreux – la générosité est le fruit d’un effort…) ;
  • Tendance erronée à se croire bon (alors qu’en réalité notre générosité est toujours limitée, comme en témoigne notre indifférence réelle à l’égard de l’immense misère des populations abandonnées en France et dans le monde par la civilisation matérielle contemporaine) ; inconscience, hypocrisie et mensonge : l’une des plus grandes caractéristiques des hommes, c’est l’impérieuse tendance qu’ils ont à vouloir se justifier à l’égard des tiers (et d’eux-mêmes). Il s’agit là d’une tentation inconsciente très forte (relayée, chez certains, par la volonté consciente de pratiquer l’hypocrisie.
  • inconscience, hypocrisie et mensonge qui conduit tous les hommes à l’impérieuse nécessité psychologique de vouloir se justifier à l’égard des tiers (et d’eux-mêmes). Il s’agit là d’une tentation inconsciente très forte (relayée, chez certains, par la volonté consciente de pratiquer l’hypocrisie

Une série, moins fondamentale, mais très importante de caractéristiques des hommes

Sur le fondement de ces tendances de base, viennent se greffer toute une autre série de caractéristiques fort importantes :

  • paresse intellectuelle, source d’erreurs très graves pour l’humanité (qu’une réflexion sérieuse pourrait souvent permettre d’éviter) ;
  • tendance à prendre ses vœux pour des réalités (en général sans faire la moindre vérification de leur légitimité) : c’ est une très grande cause des erreurs commises par les hommes ;
  • confiance stupide en la vérité des pensées qui semblent s’imposer à nos esprits ;
  • personnalité en général très influençable : tendance à considérer comme justes les idées les plus largement répandues dans la société où l’on vit… (aussi bien celles de son pays, de son continent, de son groupe socio–économique… qu’éventuellement celles du petit groupe très restreint – religieux ou idéologique – auquel on appartient ;
  • très forte tentation à se conformer à l’exemple de ses pairs (« mon collègue, mon confrère, l’autre député, se comporte comme ça, c’est normal, je vais faire de même »… (et comme, en général, on a plutôt tendance à regarder les plus accommodants quant à leur conscience, on imagine très bien où cela mène…) etc.

Exceptionnellement, l’attirance pour le mal.

La plupart des défauts qui viennent d’être cités ici correspondent à une faiblesse constitutive des hommes… Mais chez quelques-individualités, le mal est aimé pour lui même, pour le plaisir malsain qu’il procure.

L’attirance pour le mal prend alors deux formes différentes :

  • 1 – celle du désir d’un mal considéré comme un bien (par exemple l’élimination des juifs),
  • 2 – celle du plaisir que certains individus trouvent à la vue de la souffrance d’autrui (C’est le cas des tortionnaires qui éprouvent du plaisir à torturer des prisonniers, dont ils n’attendent aucune information utile…).

Ces maux affectent à la fois les individus et la société

Chacun de nous est porteur d’au moins quelque-uns de ces défauts, qui font que nos comportements ne sont jamais parfaits. Malheureusement, avec des conséquences beaucoup plus graves, il en va de même à l’échelle des sociétés humaines. Ainsi qu’à celle des hommes que je désigne sous l’appellation « élites en place ».

Quelques caractéristiques des « élites en place »

Une définition préalable les « élites en place »:

« Les élites en place » représentent l’ensemble des acteurs détenteurs – à des niveaux variés – des clés les plus essentielles du fonctionnement de la société. Parmi elles, il y a surtout « les maîtres du monde », propriétaires de capitaux gigantesques et un petit nombre d’hommes politiques de premier plan.

Trois défauts principaux des élites en place

Les élites en place ont pour traits principaux :

  • une très haute opinion d’eux-mêmes,
  • le sentiment de posséder une connaissance supérieure de la réalité sociale et des vrais intérêts de la société,
  • la conviction d’être investis (soit par élection, soit par leur seule certitude personnelle) d’une haute responsabilité concernant la société,

Parmi ces élites quelques-uns possèdent effectivement ces qualités (ce fut par exemple le cas de de Gaulle), mais, compte tenu de la nature humaine (voir ci-dessus…), pour la plupart des autres, ces convictions ne correspondent qu’à un tissu d’illusions ! Et, en général, pour eux, à une ‘indifférence et un mépris – inconscient – à l’égard des autres !

Retour la réalité

En réalité, dans la plupart des cas, outre l’enfermement dans une grande illusion sur eux-mêmes, ce qui caractérise les visionnaires que les élites en place croient être, ce sont des vues et des comportements à peu près toujours guidés par des vues à court terme…

Une autre caractéristiques très importante des élites en place (présente chez tout le monde, mais poussée à un degré particulièrement marqué chez eux…), c’est, cachée sous des propos hypocrites de compassion, une totale indifférence à l’égard de la misère inadmissible répandue sur une grande partie de la planète…

L’erreur de croire à la barbarie des autres

Certains ont la faiblesse intellectuelle de croire que la barbarie est une caractéristique de certains pays et de certaines époques (notamment celle de l’Allemagne hitlérienne et de l’Union soviétique ou de certains groupes, tels que Daech) et estiment que les Européens et les Américains de notre XXIe siècle, quant à eux, échappent à la barbarie d’autrefois ou d’autres lieux…

Certes, dans notre pays, on ne pratique plus les tueries de masse : ça ne se fait pas ! Mais on pratique d’autres formes de barbarie moins voyantes (les barbaries autorisées par l’opinion publique anesthésiée) et l’on fait preuve de la même indifférence à l’égard du sort des habitants des régions reculées les moins favorisés de la planète …

(Comment d’ailleurs pourrait-il en aller autrement, puisque, nous, qui prétendons avoir des conceptions universalistes, nous devrions savoir que les hommes sont tous les mêmes partout et toujours).

Deux sortes de barbarie des hommes

Il y a en somme deux sortes de barbarie des hommes: la barbarie grossière, voyante : celle de certains chefs d’état et de leurs complices, et la douce barbarie de notre indifférence affective et comportementale à l’égard de toutes les victimes de l’injustice mondiale (dont nous profitons en toute bonne conscience par l’intermédiaire des grandes sociétés capitalistes qui exploitent les pauvres !

Si nous ne sommes moralement pas capables de faire mieux, continuons à exploiter les pays pauvres (en nous cachant derrière les sociétés que l’on critique – et auxquelles on achète…), mais, au moins, que l’on ait l’intelligence d’être conscient de ce que l’on est – et de ce que l’on fait !

Au fait, quelle est la proportion de nos contemporains (y compris parmi les moralistes les plus véhéments), qui sont conscients de cette réalité?

Que cette véritable leçon de morale ne vous attriste pas ! Il s’agit simplement d’être lucide et, en même temps, de l’être avec sérénité et même avec joie ! Car, quelle qu’elle soit, la réalité de la condition des hommes est un cadeau. Pas un cadeau tout près pour notre jouissance, mais, mieux que cela, un cadeau à terminer par nos soins !

Pour ceux qui ne seraient pas convaincus

À l’intention de ceux qui ne seraient pas encore convaincus, on peut se poser la question : « est-il raisonnable de croire que depuis la première guerre mondiale, les élites politiques qui nous gouvernent seraient devenues plus vertueuses que l’ensemble des chefs d’État de cette époque ? 

Qui, pour satisfaire le nationalisme ridicule de l’époque, ont contraint des millions d’hommes  à patauger pendant quatre ans dans d’horribles tranchées pour les envoyer finalement  à la mort par vagues de de milliers.

L’ignorance de l’indifférence des couches supérieures de la société à l’égard des hommes conduit à de graves erreurs d’appréciation partagées par une grande partie de la population. C’est ainsi que beaucoup d’entre nous font  confiance les yeux fermés aux élites contemporaines, qui prétendent nous apprendre ce qu’est l’homme, ce que sont nos intérêts et comment nous devons nous comporter dans l’intimité de nos vies…

Serait-ce qu’eux, au moins, nous aimeraient ? (eux qui ne nous ont jamais rencontrés… pour la simple raison que nous ne fréquentons pas les salons distingués de New York). 

Quelle naïveté de la part de beaucoup d’entre nous ! Qui n’ont pas compris que les nouvelles théories sociétales ne sont pas diffusées à l’échelon de la planète pour faciliter nos petits plaisirs égoïstes,  mais pour atteindre des buts que nous n’imaginons pas, dont celui de la réduction de la population mondiale.) (voir le capitalisme financier)

(Que l’on ne s’y trompe pas : cette critique apparemment dure – mais réaliste –  ne veut pas dire que l’on doive considérer les élites en place comme plus méchantes que le commun des mortels… Cela signifie seulement que leurs conditions de vie dans les hautes sphères exaltent certains défauts présents chez tous les hommes.

Il ne s’agit donc pas d’inciter au mépris ou à la haine, mais de favoriser une meilleure compréhension du fonctionnement de la société).

La psychologie du peuple

Qu’est-ce que « le peuple » ?

« Le peuple » est constitué par l’ensemble des gens – de niveaux très différents, qui – volens nolens – ne peuvent agir que dans le cadre du système imposé par les institutions existantes. (Ce qui veut dire qu’en ce sens, les médecins, les notaires, les PDG d’entreprise moyenne etc. font partie du peuple…)

Depuis quelques décennies, nous somment soumis à deux influences de la société, l’ancienne et la nouvelle, entre lesquelles nous ne savons pas comment choisir. (« Où se trouve la vérité ? Dans notre savoir traditionnel, transmis par nos parents et qui semble conforme au « bon sens » ? Ou, au contraire, dans les grands discours novateurs, cent fois répétés par les journalistes ? )

Face à ces question, notre attitude la plus répandue est celle d’une perplexité bien compréhensible. Mais, malheureusement, dans bien des cas aussi, c’est celle d’une grande naïveté qui conduit à croire que les discours des puissants sont destinés à assurer le bonheur des braves gens que nous sommes !

Alors qu’en réalité, la plupart d’entre eux ne cherchent qu’à défendre et à développer leurs intérêts, ou, dans le meilleur des cas, à promouvoir des convictions sincères… (qui, malheureusement peuvent être contraires au bien commun).

Les grandes caractéristiques du peuple sont :

  • la possession d’une sagesse ancienne,
  • le doute sur sa capacité à comprendre les réalités du monde,
  • sa tendance à se laisser impressionner par l’opinion dominante,
  • la naïveté (qui consiste à croire en la sincérité des scientifiques et des universitaires !
  • l’instabilité (qui conduit à changer d’opinion et à voler au secours de la victoire – comme ces Français qui, 1945, à Clermont-Ferrand applaudissaient Pétain, et trois mois après, acclamaient le général de Gaulle)

En résumé ce qui caractérise le peuple, c’est la malléabilité, qui constitue la grande chance des politiciens ambitieux.

Quelques caractéristiques très répandues dans les milieux de niveau intermédiaire

Entre les puissants et le peuple, deux groupes informels jouent un rôle d’intermédiaires  (de courroies de transmission ) : celui des valets et celui des naïfs convaincus.

Les valets sont les personnes qui, pour tirer personnellement leur épingle du jeu, se mettent au service d’un système injuste… (on trouve dans ce groupe certains journalistes de télévision, très bien rémunérés, soigneusement choisis – de manière directe ou indirecte – par les pouvoirs financiers en place…).

Les « naïfs convaincus » (ceux-la – gros avantage pour les promoteurs des idées nouvelles !) sont ces gens, qui, en toute sincérité – et avec dévouement ! –, se font les ardents défenseurs des idées nouvelles (dont leur sottise ne leur permet pas de connaître les conséquences pour eux-mêmes et leurs enfants à venir. Ceux-là, à leur manière, sont des gens généreux,  mais dont l’influence n’est peut-être pas nécessairement conforme à l’intérêt des gens qu’ils veulent aider…

Quelques caractéristiques très répandues chez les élites morales

Les « élites morales » sont celles qui portent un regard lucide sur la situation de la société. Elles ont le mérite de n’être point stupides, mais, en général, l’immense tort de ne pas avoir l’intelligence – et surtout le courage ! – de dénoncer avec suffisamment de clarté et de de vigueur la réalité des immenses défauts de notre  société et de se montrer incapables d’agir efficacement pour l’améliorer…

Les élites morales ont le tort de dépenser beaucoup d’énergie pour des combats secondaires et de négliger le seul combat efficace, celui d’une action unitaire pour changer – avec intelligence et énergie – l’ensemble du système économique et politique en place. Et, en plus, sous l’influence des ambitions et rivalités personnelles, d’agir dans la division…

Ceux-là (ne confondons pas: je ne dis pas « toutes les élites morales !) sont les pires qui soient : ce sont des inconscients, des suffisants, des médiocres qui ne prennent pas leurs responsabilités. (Je ne tape sur personne, mais sur une catégorie anonyme (qu’il faut bien essayer de réveiller, mais, malheureusement, un gros bâton n’y suffit pas !)

Conclusion

Conclusion :

Avec une telle profusion de défauts des hommes, comment voudriez-vous que l’on ait un monde parfait ? mais, fort heureusement, face à ces faiblesses normales, les hommes possèdent toutes les immenses qualités propres à les surmonter. Il suffit de les mettre en oeuvre. Et pour cela décider de le faire. (Ce que s’efforcera de faire notre mouvement.)

En politique, il faut tout miser sur l’homme et les hommes. Dans la mesure où l’on vise juste, où l’on parvient à réunir suffisamment de monde décidé à agir avec vigueur, tout le reste est appelé à suivre (notamment la réforme des institutions). En politique, comme ailleurs, tout est affaire de générosité et de courage.

Face au constat d’une aussi grande diversité des motivations et des comportements, on n’a pas à s’étonner de la difficulté à se représenter l’extrême complexité de la société.

Pourtant il faut bien s’efforcer de la comprendre. Pour y parvenir, après avoir convenablement perçu la multiplicité des influences exercées sur les hommes, il faut s’efforcer de repérer au contraire les facteurs d’unification des conceptions et des comportements. C’est à dire qu’il faut s’intéresser à l’Homme en tant que tel, en tant qu’unité obéissant à un modèle universel.