six profils de citoyens

On peut facilement répartir les citoyens d’un pays en six niveau de comportement d’un intérêt très inégal :

Le citoyen conformiste

Le citoyen conformiste est celui qui, sous l’influence de la conviction inconsciente très largement répandue, croit qu’il vit dans une vraie démocratie, censée représenter à ses yeux un système certes imparfait, mais qui demeure néanmoins le meilleur que l’on puisse mettre en place dans une société moderne. Sur la base de cette illusion, le citoyen 1 se contente d’aller voter tous les cinq ans et de critiquer entre-temps l’incapacité des gouvernants à gérer le pays. Le citoyen 1 est un homme blasé, déçu par les résultats toujours décevants du vote de l’ensemble de ses concitoyens, mais il se trouve quand même tout fier en votant d’avoir accompli ce qu’il considère comme son devoir… (Ah ! si tous les citoyens étaient comme lui, le pays marcherait mieux !)

Les citoyens 1 ressemblent à des écoliers d’une petite école rurale qui s’estiment heureux de s’amuser dans une petite cour entourée de murs, mais qui n’ont jamais pensé à demander – et peut-être à exiger – d’aller jouer dans la grande forêt d’à côté.

Le citoyen manifestant

Le citoyen manifestant partage les mêmes convictions que le citoyen conformiste… et, comme lui, ne manque pas de voter au moment des grandes consultations nationales, mais entre-temps, il n’hésite pas à exprimer son opinion ou son mécontentement en participant à des manifestations. Quelques-uns revêtent des gilets jaunes ; d’autres, organisent de grandes grèves… qui paralysent le pays et gênent des millions de personnes. Manifestants et grévistes se donnent l’impression d’être des citoyens actifs… mais leur douce illusion n’aboutit généralement qu’à l’échec ou à l’obtention de lots de consolation, petits avantages illusoires, qui ne répondent jamais aux vrais besoins du pays et ne changent rien à la situation merveilleuse dans laquelle nous vivons… (Ah ! si tous les citoyens étaient comme lui, le pays marcherait mieux !)

Les citoyens précédents constituent l’immense majorité des ressortissants de nos belles démocraties modernes. Mais reconnaissons-leur au moins une qualité : celle d’offrir aux élites qui les gouvernent une nation certes grincheuse… mais en fait toujours prête à se soumettre… Ils ont le mérite d’assurer la stabilité des institutions du pays… (et, accessoirement, de permettre aux élites en place de conserver leur position privilégiée, obtenue grâce à leurs talents dans l’art merveilleux de faire des promesses, de tromper et d’endormir les braves électeurs – à l’égard desquels ils ont le plus grand respect – au moment des élections…)

Les citoyens ordinaires semblent ignorer qu’ils sont les victimes d’une vieille comédie ridicule, mais, au fond, fort habile, que l’on appelle la « démocratie » ! Laquelle organise la société en deux couches, celle des gouvernants et celle du bon peuple, celle des trompeurs et celle des trompés, celle des habiles et celle des naïfs, celle des exploiteurs et celle des exploités.

Malheureusement, c’est la démocratie, partout dévoyée, partout dénaturée, qui gouverne les plus grands pays du monde et fait marcher ce monde merveilleux que nous voyons tout autour de la terre entière.

Le citoyen passionné

Le citoyen passionné est celui qui n’a aucune idée sur la marche de son pays, ne se pose aucune question et n’a aucune conviction. Mais cela ne l’empêche pas de se passionner au moment des grandes élections nationales. Il écoute les arguments des uns et des autres, en sélectionne un ou deux en fonction de leur simplicité et de leur apparence d’évidence ; il prend alors partie jusqu’à ce qu’il entende des propos à son avis encore plus convaincants ; il participe au jeu des pronostics : qui va gagner ? Jusqu’au dernier moment, il ignore pour qui il va finalement voter. Mais c’est un bon citoyen, puisqu’il vote ! Et même le meilleur, puisqu’avec les millions de ses semblables, c’est finalement lui qui va faire peser la balance du côté vainqueur. Aussi, le soir des élections, il sort dans la rue pour applaudir le vainqueur dont, l’espace d’un court instant, il aperçoit la silhouette. Puis il rentre chez lui, heureux d’avoir participé à la fête, fier de savoir qu’il est parmi les vainqueurs et que le pays s’engage désormais sur une voie nouvelle conçue par un politicien génial qui, cette fois, fera bien mieux que tous ses prédécesseurs. Que c’est beau la démocratie ! Et quel résultat merveilleux elle donne à un pays tel que la France !

Le citoyen lucide et discipliné

Le citoyen lucide et discipliné est celui qui a bien compris que ce beau système de la démocratie ne permettra jamais aux pays qui le pratiquent de s’engager dans la voie nouvelle qui devrait répondre aux immenses exigences de notre époque… Il a bien compris, mais il vote quand-même pour le candidat qu’il estime le moins mauvais ! Puis, il attend ensuite de voir les inévitables faux-pas du vainqueur, dont, d’un air blasé, il se moquera avec ses amis.

Le citoyen qui espère encore…

Le citoyen qui espère encore est celui qui a compris que le pays ne peut se sortir d’affaire autrement qu’en changeant de régime politique. Aussi, se trouve-t-il à l’affût de telle ou telle idée de réforme jaillissant parfois dans le cerveau de quelques génial politicien désireux de se faire remarquer d’un électorat, qui ne fait pas assez attention à lui… Le malheur, c’est que les idées de réforme sont bien rares, et, surtout que,  faute d’une vraie réflexion philosophique, la plupart d’entre elles ne sont que des réformettes, auxquelles en général  personne ne fait attention ! (Non ! N’exagérons pas : il y a bien parfois quelques idées qui peuvent changer les choses – non pas radicalement comme il le faudrait, mais du moins de manière non négligeable…  C’est d’ailleurs le cas en France pour le passage de la règle du septennat à celle du quinquennat… Mais le problème, c’est qu’il ne faut pas changer un élément d’un système  – dont on ignore les réactions possibles… – mais construire un ensemble logique répondant correctement à de vraies exigences intellectuelles… Alors, dans notre bonne France, combien y a-t-il de propositions de réforme que l’on puisse considérer comme sérieuses ? Cela veut-il dire qu’il s’agisse là d’une véritable impossibilité ? On a le droit de le penser ! D’avoir la paresse de le penser sans s’être sérieusement interrogé sur la question !

Le citoyen exemplaire

Si on est intelligent et actif, si on aime son pays et l’humanité, on a le devoir de tout faire pour rechercher les solutions possibles pour réformer un système politique qui a démontré son inefficacité et son injustice. Si on n’est pas capable de concevoir soi-même un système réaliste et efficace, il faut se tenir à l’affût des propositions qui peuvent être proposées. Cela ne demande pas beaucoup de travail, car le moins qu’on puisse dire c’est que les propositions ne se bousculent pas au portillon…