Le capitalisme traditionnel

Par lui-même, ce chapitre ne présente pas grand intérêt… il est placé ici – en annexe – pour mémoire. (S’il est quand même présenté ici, c’est en raison de son caractère complémentaire par rapport à la question du « capitalisme financier » traitée dans l’un des chapitres du site.)

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J’appelle (selon une terminologie discutable…) « capitalisme traditionnel », la forme du capitalisme fondée essentiellement sur la volonté de produire dans des conditions techniques favorables des biens utiles aux hommes, avec, à titre accessoire, le désir d’enrichissement des actionnaires. Il s’oppose au « capitalisme financier » dont l’intention, au contraire, consiste exclusivement à retirer le maximum d’enrichissement des activités de production présentes dans le monde.

Fondé sur les nécessités objectives d’une production efficace des biens et sur la législation des différents pays, le capitalisme traditionnel constitue une symbiose réunissant les salariés et les propriétaires du capital, les uns et les autres appelés à exercer des fonctions différentes – de direction et d’exécution – et à se partager le revenu généré selon des règles prévues par la loi et par les propriétaires du capital.

 Vu sous cet angle, le capitalisme correspond à une nécessité objective. Par contre, dès qu’on regarde la législation qui l’encadre et la manière dont ce capitalisme élémentaire est géré, beaucoup de questions se posent.

La question la plus évidente consiste à savoir comment se réalise la répartition des revenus entre les salariés et le capital, ce qui amène à s’interroger sur plusieurs aspects : notamment ceux de la justice et de la force relative des parties en présence. La question de la justice est une affaire infiniment trop complexe et délicate, pour qu’on puisse la traiter ici. Au contraire, l’interrogation relative au rapport des forces en présence conduit à des réponses relativement simples.

Dans un pays donné, la répartition des gains de la production se trouve fixée par la loi, par les règles adoptées par la direction,  par des discussions à l’intérieur de l’entreprise, et quelquefois par quelque négociation générale à l’échelle d’une branche industrielle (ou, encore plus exceptionnellement à celle de la nation).

Pour comprendre ce qu’il résulte du fonctionnement de ce système, il faut examiner la force relative des parties en présence. Or on ne peut que constater une énorme inégalité : les actionnaires sont en position de force et les salariés en position de faiblesse. Mais cela à des degrés très différents…

D’abord, dans un certain nombre de situations, des deux côtés de la barrière, chacun se trouve dans une situation de totale faiblesse… C’est ce qui se passe pour les entreprises soumises à une rude concurrence, qui, avec des moyens financiers limités, luttent pour leur survie, et, de ce fait, peuvent très difficilement envisager des modifications dans le rapport des rémunérations respectives du capital et du salariat.

Heureusement, beaucoup d’entreprises sont cependant prospères, et, partant, une négociation est possible… C’est là que se pose réellement la question du rapport de force naturelle entre les deux parties.

Le rapport de force est différent selon que l’on a affaire à une entreprise familiale, à une PME classique, ou à une entreprise financée, par des banques, par des fonds de pension, ou par quelque très riche actionnaire individuel. (Nous situant ici dans le cas du capitalisme traditionnel, on ne s’intéresse pas au dernier cas évoqué ci-dessus…).

Dans tous les cas, les salariés sont en position de faiblesse, car, en cas de conflit dur, leur pauvreté relative ne peut leur permettre de poursuivre une trop longue grève.

Face aux ouvriers en grève, le patronat, lui aussi, perd de l’argent. En vue de réduire sa perte il effectue les calculs pour évaluer jusqu’à quel niveau de concession il peut aller (avec, sur ses adversaires, l’avantage de bien connaître la situation financière de l’entreprise et les perspectives du marché…). Cependant, si le conflit devient vraiment trop dur,  au point de risquer de mettre en cause l’existence de l’unité de production, deux cas totalement différents peuvent se présenter ;

Dans le cas d’une PME familiale, ne disposant pas d’une solide structure financière, et dans laquelle la direction est encore exercée – par des membres de la famille – les conséquences de concessions trop importantes aboutiraient, comme pour les salariés eux-mêmes, à des conséquences humaines différentes, mais aussi dramatiques que celles potentiellement subies par les salariés. Si bien qu’on se trouve pratiquement dans une situation d’égalité de force (ou plutôt, en l’occurrence, d’égale faiblesse…).

Dans le cas d’une PME traditionnelle, pour lesquels les facteurs affectifs des propriétaires du capital n’existent plus, la situation est différente. La direction cherchera toujours à assurer la pérennité de l’entreprise et sera disposée à faire des concessions raisonnables ne compromettant pas trop l’avenir… Mais, si les risques deviennent trop élevés, les actionnaires, pourtant attachés à la permanence de l’entreprise, risqueront d’adopter le type de comportement des actionnaires du capitalisme financier et se résoudre à la vente de l’entreprise à quelques groupes financier plus riche.