La Vérité

La vérité correspond à une demande très importante de la part des citoyens qui, en toute légitimité, désirent très fortement être informés des affaires publiques qui les concernent.

En face de cette demande il faut qu’il y ait l’offre correspondante… Or ceux qui possèdent le pouvoir d’informer n’ont pas spécialement pour désir de satisfaire la demande des citoyens ! Mais plutôt celui de satisfaire leurs motivations propres (qui, en général, ne sont pas conformes à celles du public…)

Il y a là une contradiction inévitable qu’il est possible de surmonter par un effort d’honnêteté intellectuelle… Mais cela suppose que les détenteurs de l’information acceptent de faire le sacrifice de leur intérêt personnel au profit du service sincère des citoyens.

Le problème est : « pourquoi certains feront-ils ce sacrifice ?» et « combien accepteront-ils de le faire ? ». La réponse est certainement très différente selon les sociétés auxquelles on a affaire… Notamment en fonction de l’époque historique à laquelle on se réfère…

Dans un passé pas très lointain où une importante partie de la population vivait dans la foi chrétienne (avec, dans des temps un peu plus anciens, la crainte de l’enfer, puis, plus tard, avec l’invitation à vivre selon le désir ‘un Dieu qui nous aime), beaucoup de gens avaient des raisons de sacrifier leurs désirs personnels au profit du respect de la vérité… (Soit en la disant honnêtement, soit, plus souvent, en la biaisant un peu…).

Par contre, de nos jours, dans une société largement déchristianisée, ces motivations se sont beaucoup raréfiées. Heureusement, une conscience personnelle existe toujours indépendamment de la foi que l’on a –  ou que l’on n’a pas en Dieu.

La vérité ne disparaît donc pas, mais elle se raréfie singulièrement. C’est ainsi qu’on aboutit à une société où presque tout le monde ment. Cela arrange les personnes qui mentent, mais nuit à celles qui les écoutent…

Mais il y a plus grave que le mensonge

Pourtant il y a encore infiniment plus grave que la pratique courante du mensonge : non seulement le frein au mensonge  s’est largement desserré, mais la notion même de mensonge tend à disparaître, pour la simple raison qu’un  certain nombre de nos contemporains affirme que la Vérité n’existe pas !

La vérité n’existant pas il n’y a alors plus aucune valeur sacrée à laquelle on devrait se plier… Dans ces conditions, en fonction de ses désirs, chacun a le droit de trafiquer ce qui apparaît spontanément comme une vérité.

Ce, bien sûr, en ayant l’air de s’exprimer, en toute bonne conscience,  avec une grande sincérité… (Cette explication permet de comprendre parfaitement l’attitude d’un ancien ministre du budget qui avait menti d’une manière effrontée).

L’étonnement provoqué par ce mensonge prouve que l’immense majorité des Français – qui, quant à eux, sont encore honnêtes – n’a pas encore pris conscience de la profondeur et de la solidité de l’attitude de mensonge qui règne aux niveaux les plus élevés de notre société.

Aujourd’hui, on vit à l’ère du mensonge et de l’hypocrisie… et, pire que cela, à l’ère du mensonge considéré comme un droit – et même, pour certains – notamment pour les gouvernants – comme une vertu !

Comment pourrait-on s’en étonner ? Si la vérité n’existe pas, pourquoi devrait-on s’astreindre à parler avec sincérité, lorsqu’on estime que le mensonge est avantageux pour soi-même. Ou, le cas échéant, pour les autres…

Ce qui conduit alors à considérer le mensonge comme un acte de vertu publique ! (Monsieur le ministre nous ment, mais admirons-le ! Car c’est pour notre bien !)

La négation de l’existence de la Vérité : une absurdité

Intellectuellement, la négation de l’existence de la vérité constitue une absurdité (une absurdité soutenue par des gens fort intelligents, mais qui, pour des raisons diverses et variées, ont renoncé à l’exercice correct de cette faculté de réflexion).

Ce qui est vrai, c’est que nul ne peut prétendre la connaître, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. En effet, elle existe incontestablement, notamment sur les sujets les plus essentiels de la vie humaine.

Ainsi – sauf si l’on est fou – on ne peut échapper à l’alternative suivante : Dieu existe, ou il n’existe pas.

Malheureusement cette doctrine stupide de l’inexistence de la vérité n’a jamais été affirmée clairement à l’ensemble de la population, qui, pleine de bon sens, l’aurait rejetée.

Par contre, par une action soutenue qui s’est étendue pendant des dizaines d’années, le sentiment a été créé qu’elle n’existait pas.

Cette action, patiemment conduite par une petite élite (quelques millions de personnes dans le monde) a été très efficace. Si bien qu’aujourd’hui, avec le succès rencontré par les nouvelles lois sociétales, il apparaît qu’une très importante partie de la population adhère à cette conception.

Au point qu’on peut dire que beaucoup d’entre nous sont en fait ce que l’on peut appeler des « francs-maçons sans tablier » (des gens qui n’en font pas partie, mais, sans le savoir, partagent leurs idées…).

Devant une telle constatation, on doit adresser des félicitations à la franc-maçonnerie, qui a manifestement bien réussi à réaliser son projet ! Des félicitations, oui, pour la réussite effective d’un projet déjà ancien.

Mais, pour ce qui en résultera pour le bonheur des hommes, qu’en est-il ? Et qu’en sera-t-il dans l’avenir ?

Ce règne du mensonge a des conséquences déplorables dans tous les domaines, mais particulièrement dans celui de la politique et de ce que l’on appelle « la démocratie ».

Comment faire pour revenir vers plus de respect de la vérité ?

La grande question est : « comment redressera-t-on tout ça ? ». Il n’y a qu’une réponse possible : par un effort collectif de prise de conscience du problème.

Cela sera extrêmement difficile et long et ne pourra se faire que grâce à un engagement résolu des élites morales attachées à la notion de vérité et animées par le désir de faire progresser la société.