La laïcité…

D’abord, quelques considérations d’ordre relativement superficiel

« La laïcité » : voilà un bien grand mot qu’une certaine proportion des hommes politiques français aime bien répéter. leurs ambitions visent deux types de clientèle : en France et hors de nos frontières:

  • à l’intérieur du pays, pour faire la leçon aux braves citoyens supposés ignorants (qu’il s’agit de former et de convaincre…) ;
  • et à l’extérieur, pour se vanter de la supériorité supposée des conceptions françaises de la politique, à des étrangers qui n’en ont que faire (et qui doivent se moquer de ce genre de prétention enfantine…).

Si certains hommes politiques – de gauche bien sûr – parlent tant de laïcité, ce n’est pas qu’elle soit menacée, c’est qu’ils  la croient menacée – ou plutôt qu’ils font semblant de le croire !

C’est aussi pour donner l’impression aux électeurs d’être les valeureux défenseurs d’une cause en danger (Si l’on n’a pas beaucoup de personnalité, cela en donne un peu, et ça peut être utile pour les prochaines élections…).

Auprès d’une certaine clientèle électorale, même si en fait cela ne sert à rien, ça fait toujours bien de parler haut et fort (« de rouler les mécaniques « ) de sujets qui ne le méritent pas ;

Cependant, au-delà de ces motivations relativement superficielles,  il existe une raison un peu plus inquiétante qui pousse certains politiciens à revenir sans cesse sur la question de la laïcité : pousser les électeurs à se méfier de ceux qui dans l’inconscient collectif sont censés être des adversaires de la laïcité (hier surtout les catholiques, et, aujourd’hui les musulmans).

Paradoxalement, en adoptant une telle attitude, ceux qui au nom de la laïcité, prétendent travailler pour la bonne entente entre tous les citoyens, sont en l’occurrence, ceux qui la détruisent…

Mais peu importe, car il s’agit seulement de plaire aux catégories de lecteurs dont on veut entretenir la flamme vacillante… Ou, pour les plus médiocres, de leur procurer le plaisir de déverser leur bile sur la place publique…

Le fond de la question

Tout le monde est d’accord sur le principe

En France et dans la plupart des grands pays occidentaux, tout le monde s’accorde à penser que l’État doit être neutre vis-à-vis des religions et des groupes de pensées, et à ce titre, qu’il doit laisser les citoyens choisir leurs options philosophiques et religieuses.

Cette opinion est si communément admise que dans les pays qui ne sont pas tracassés par les vieilles querelles du passé, on ne discute pas de la question de la laïcité.

Un étonnant rapprochement entre la France et les pays musulmans :

Par contre, on le sait, la laïcité constitue un énorme problème dans la plupart des pays musulmans. Tiens ! Voilà un rapprochement instructif : la France rapprochée du groupe des pays musulmans sectaires !

Mais c’est normal, car, comme eux, les hommes politiques français – de droite comme de gauche ! – sont profondément empreints d’une idée de nature sectaire, dont ils ne se rendent même pas compte !

La laïcité : une bonne chose

Conçue à un niveau élémentaire (c’est-à-dire notamment comme la volonté de ne pas favoriser les religions – et, non plus – en principe de ne pas leur nuire…), l’idée de laïcité est à la fois logique,  parfaitement souhaitable et acceptée par les chrétiens.

La laïcité telle que pratiquée en France

Cependant, telle qu’elle est pratiquée chez nous, la laïcité constitue une véritable absurdité intellectuelle.

En effet, l’idée la plus profonde et la plus légitime de laïcité répond à la volonté de voir les pouvoirs publics laisser les citoyens libres de croire ou de ne pas croire en Dieu – ou en telle ou telle philosophie de leur choix. Cela sans se référer aux conceptions du pouvoir en place.

Or c’est là que le bât blesse (et – immense drame – blesse au point de mettre en danger la vie du pauvre âne qui le porte).

La fausse neutralité du pouvoir politique français

En effet, le pouvoir politique n’est pas neutre. Sans s’en rendre compte, il est partisan : il adhère en effet à une philosophie selon laquelle, tout homme, pour exercer au mieux sa liberté personnelle, ne doit normalement compter que sur ses propres lumières personnelles, telles qu’elles proviennent de sa réflexion individuelle…

Une telle conception n’a rien de rationnel. Elle est purement idéologique. Et contraire à la fois au bon sens et à l’expérience des hommes capables de réfléchir objectivement.

Le comportement du ministère français de l’éducation nationale

Malheureusement, en France, l’éducation nationale met en pratique cette philosophie absurde : puisque, pour leur bonne éducation, nos enfants ne doivent pas être influencés par les religions, on ne leur parlera d’aucune !

En dehors de leur erreur de raisonnement à l’origine de cette position, cette condition de l’enseignement en France est fort étonnante :

  • elle relève d’une méconnaissance et d’un étrange mépris des jeunes  (que  l’on considère comme dépourvus d’esprit critique – là encore on retrouve le mépris des élites en place à l’égard du peuple…)
  • elle aboutit pour une grande partie de la population formée par l’enseignement public à ignorer bien plus que la moitié de ce que devrait être la culture d’un homme normal de notre époque ! (Au point que beaucoup ne savent même pas à quoi correspond le nom de Jésus !).

Par cette conception autoritaire de l’éducation, le pouvoir politique français a opéré un véritable hold-up sur la jeunesse. Lui, qui n’a eu aucun mérite pour faire venir les enfants au monde et pour les éduquer, lui qui n’est pourvu d’aucune philosophie solide, il se permet de prendre les enfants pour les éduquer à sa manière – sans référence solide et sans idéal…

Et de dépouiller les parents de leurs vraies responsabilités d’hommes et de femmes libres d’éduquer leurs enfants comme ils le veulent. (Vive la liberté prônée par la république française !)

 Il s’agit là d’une constatation dramatique pour notre beau pays, la France. Une constatation dont nous souffrons infiniment plus que nous ne le supposons.

Et la réaction – contestable – des catégories mises hors jeu…

Mais, pour ne pas être méchant de à l’égard des doctrinaires de la gauche traditionnelle, soyons durs aussi à l’égard des chrétiens qui se sont laissé faire : ils auraient dû se défendre…

A leur décharge, reconnaissons qu’ils étaient dans une position de faiblesse et qu’ils s’estimaient tenus à l’obligation de ne pas diviser le pays… Certes, belle et légitime préoccupation, mais qui risque de légitimer la faiblesse et l’insuffisance d’une possible réaction intelligente et habile…

Il est temps en France de corriger enfin les règles de l’enseignement public.

Que les parents qui souhaitent que leurs enfants n’entendent pas parler de religion continuent de les envoyer dans l’enseignement public tel qu’il se présente maintenant (Et qu’ils en fassent des ignorants !).

« Des ignorants » de l’histoire religieuse du monde, mais – ce qui est sans doute bien mieux – de bons disciples des ministres qui sont les fidèles héritiers de la pensée du XVIIIe siècle (dont , depuis déjà deux siècles, on a vu les merveilleux effets dans la politique nationale et la situation intérieure des nations.

mais que ceux  qui ont le désir contraire puissent choisir librement de les envoyer dans des écoles qui les initient à l’immense patrimoine culturel des religions.

Régis Debré, homme de gauche intelligent, a compris cela depuis longtemps. Mais il a été rejeté par tous ses camarades fossilisés dans les vieilles idées conservatrices de la gauche .

Cette remise en ordre nécessaire suppose de mettre un terme à la répartition définitive, autoritaire et absurde du budget de l’éducation nationale entre les enseignements privés et publics.

(Ce, sans parler de la réforme radicale à laquelle notre pays doit procéder d’une manière bien plus large.)

La « laïcité à la française »!

Pour reconnaître ce qu’est véritablement la fameuse laïcité « à la française !», il faut voir ce qu’il y a derrière elle – et par là ce qu’elle est vraiment.

« La laïcité à la française » est un masque, qui se prétend inspiré par la notion la plus élevée du civisme, mais qui, comme tout masque, est, en réalité, destiné à cacher le vrai visage, celui d’un camp qui a pris un certain parti,

et, par l’utilisation des avantages du pouvoir, s’efforce d’impressionner la part de la population, qui, ne pensant pas par elle-même, se détermine en fonction de la comédie servie par une prétendue élite intellectuelle et morale.

Pour des gens qui prétendent respecter le peuple, le procédé n’a décidément rien de cohérent, ni d’élégant !

Comment devons-nous réagir ?

Face une telle situation très grave – de caractère chronique – il faut réagir comme on doit le faire dans toutes les circonstances semblables : sans agressivité ; mais surtout avec intelligence, franchise, habileté. et courage. Et dans la mesure du possible avec humour!

C’est-à-dire comme on ne l’a pas fait jusqu’ici.

Pour être franc sans être méchant, personnellement je dirais : « face à une telle situation, on peut se demander s’il vaut mieux en rire ou en pleurer ! »

Alors, nous, Français, qui nous croyons si intelligents – et qui le sommes effectivement ! – nous qui nous vantons de notre fameuse « laicité à la française » de quoi aurons nous l’air ?

Nous n’aurons pas à rougir, car ce n’est pas le peuple qui a inventé ce génial concept, mais nos élites en place, nos ministres et leurs conseillers occultes.

Posons une règle relativement claire : ceux qui ont démasqué les porteurs de masque ne doivent pas en porter eux-mêmes ! mais, au contraire, se montrer à visage découvert  et parler un langage parfaitement clair, compréhensible par tout le monde.

Ainsi, tous les citoyens (et non pas seulement une élite, autoproclamée prétendument dépositaire de l’intelligence et de la vertu !) pourra juger sur un dossier soigneusement préparé à leur intention. Essayons de procéder ainsi.

Pour le bien de notre nation, il faut être capable de juger ce qu’a apporté à notre pays cette prétendue « laïcité » et l’exprimer en termes très clairs, que chacun aura à juger à la lumière de son intelligence personnelle.

(Le vrai respect du peuple exige la franchise. Malheureusement, dans la vie publique, la franchise – et le courage qui va avec elle – est chose bien rare ! Essayons, quant à nous de la pratiquer.

La laïcité qui a connu son sommet (si l’on peut parler de sommet…) au début du XXe siècle et continue encore à faire quelques ravages dérisoires par quelques hommes politiques de second plan, peut se caractériser par deux expressions possibles : ceux de « génocide spirituel » ou de « castration spirituelle ».

Ces mots peuvent paraître exagérés à certains. Pourtant, ils ont deux avantages : 1 – évoquer la gravité de la question, 2 – être porteur d’une vraie logique.

« Génocide spirituel » ? Par la propagande de la laïcité, on ne tue pas les corps, mais, en trompant les gens, on tend à tuer l’intelligence de tout un peuple condamné à la pratique de cette laïcité à la française.

« Castration spirituelle » ? On ne coupe pas les organes génitaux des gens, mais on coupe la spiritualité, qui fait pourtant autant partie de leur intégrité d’hommes.

Alors que faut-il faire maintenant?

Quand on affirme clairement une vérité, et, qu’en plus, on crée des nouveaux projets, il faut se demander ce que risquent d’être les effets d’une telle intervention.

Eh bien, en l’occurrence, le risque de rallumer une guerre entre la droite et la gauche sont nuls. Car l’idéologie est bien morte, et les questions qui restent encore à régler sont au nombre de deux :

  • prendre conscience de ce qui s’est passé,
  • examiner les conséquences pratiques de ces errements qui demeurent encore aujourd’hui dans notre société (notamment, dans l’organisation pratique de la formation des jeunes français…)

Comme Jacques Chirac, qui a su reconnaître la responsabilité de la France dans la Shoah, il faut aujourd’hui savoir aussi reconnaître la responsabilité des gouvernements de la III°et de la IVe République.

Pour profiter de l’histoire et éviter les tentations qui peuvent encore demeurer chez quelques attardés, il faut que le peuple comprenne ce qui s’est passé. Et que l’on fasse les réformes qui s’imposent.

Pour évoluer favorablement une société doit faire preuve de franchise et de courage. Et pour cela, comme sur les corps malades,ne pas hésiter à utiliser le bistouri… le bistouri virtuel de l’intelligence.

Il est maintenant possible de procéder à cette opération, car, objectivement, sauf pour quelques esprits attardés, l’idéologie de la laïcité est morte.